Pierre Vidal-Naquet

Quelles sont les images successives d’Athènes? Dans l’imaginaire occidental, Athènes a-t-elle joué un rôle comparable à celui de la Jérusalem céleste?

P. V.-N.: Elle a joué un rôle fondamental, surtout à partir de Palladio. À la suite des palladianismes successifs, il y eut ce que l’on peut appeler l’école bavaroise, Karl Friedrich Schinkel (1781-1841) et quelques autres (4). Comme le premier roi de la Grèce indépendante, en 1832, était un Bavarois, Othon I, toute une série de gens a fabulé, d’une certaine manière dès les XVIIIe siècle, mais c’est au XIXe siècle que tout cela s’est développé. Il y a même eu un projet d’installer le palais royal sur l’Acropole, dans une sorte de symbiose avec les monuments antiques. C’est amusant de constater que deux villes ont été reconstruites sur le même modèle néoclassique: l’une est Athènes, bien sûr – qui devint capitale en 1834 – , et l’autre est Helsinki, à quelques milliers de kilomètres. Mais c’est la même école qui a fonctionné et formé les architectes allemands du XIXe siècle. Aujourd’hui, la ville d’Athènes est indiscutablement monstrueuse, et ce néoclassicisme, que je haissais tant je le trouvais affreux lors de mes premiers séjours, représentait au moins une école, et a de fait davantage d’allure que ces architectures “internationales” sans qualité et sans style!

Quelles sont vos villes préférées?

P. V.-N.: Rome d’abord. Il n’y a aucune ville au monde que j’aime autant, parce qu’il y a ce prodigieux mélange des siècles, et puis cette couleur merveilleuse. Quand je suis à Rome, dans le quartier du Champ-de-Mars, je ne connais pas d’endroit où je me sente mieux… Il y a d’autres belles villes, comme San Francisco que j’apprécie également, mais si j’ai à choisir, je n’hésite pas une seconde, j’opte pour Rome!

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