Piotr Mazurkiewicz

Bruxelles: entre Athènes et Jérusalem

Europeinfos, octobre 2012

Nous avons besoin de plus de réflexion sur la durabilité de notre civilisation, sur le nouveau modèle du progrès qui ne se limiterait pas aux valeurs matérielles.

mazurkiewicz1Quand la crise financière commença dans la zone euro, Peter Sloterdijk rappela l’image du palais de cristal où s’était tenue l’exposition mondiale à Londres en 1851. L’UE était selon lui souvent perçue comme une gigantesque serre de la détente où les citoyens peuvent s’adonner au culte de Baal, joyeux et en même temps fiévreux, que le XXe siècle appela consumérisme. Les traités devraient garantir la paix et la sécurité sociale, garantir chaque année l’augmentation des salaires indépendamment des efforts humains. La vie dans un palais de cristal rend inutile toute décision individuelle et libère l’homme de toute responsabilité.

Dans son discours annuel au Parlement européen sur l’état de l’UE, José Manuel Durao Barroso parle des causes de la crise et des moyens pour s’en sortir. Parmi les causes, il cite les pratiques irresponsables au sein du secteur financier, un trop grand endettement public et le manque de compétitivité dans certains Etats membres. Et tout cela couronné de problèmes structurels de la zone euro. Il présente aussi une liste de postulats concrets pour que le succès du projet d’intégration soit atteint. Ces postulats forment trois lignes : problèmes financiers et économiques, problèmes institutionnels, et valeurs sur lesquelles repose le projet de l’intégration européenne. D’après le Président de la Commission, nous avons besoin d’une nouvelle vision de l’Europe, et ce qui distingue l’Europe et décide de son rôle spécifique ainsi que de sa vocation dans le monde, ce sont les valeurs européennes. Mais la liste des valeurs citées par le président de la Commission est très courte: liberté, démocratie, Etat de droit et solidarité. Il est évident que ce sont des valeurs européennes, mais c’est trop peu pour assurer la stabilité et la durabilité de la « fédération des Etats-nations » qu’il propose.

En invitant au débat européen tous les citoyens, le président Barroso ne mentionne pas les églises comme partenaires de ce dialogue. La question du patrimoine culturel européen semble presqu’absente. Et c’est la raison pour laquelle, sans doute, son discours donne– dans ce domaine – l’impression de superficiel. Les questions monétaires, les institutions et la solidarité, c’est trop peu pour éveiller l’enthousiasme européen. Nous avons besoin de plus de réflexion sur la durabilité de notre civilisation, sur le nouveau modèle du progrès qui ne se limiterait pas aux valeurs matérielles, sur le rôle de l’éthique dans l’économie, et en particulier dans le secteur financier, et d’une façon plus générale : sur la nouvelle synthèse humaniste.

La crise financière et économique dans la zone euro est un signe que l’histoire est à nouveau entrée dans le palais de cristal. Le monde est toujours soumis à des changements dynamiques et ne cesse de rester un défi pour l’homme. La Bible dit : tu laboureras le sol à la sueur de ton visage et il produira pour toi épines et chardons (Gen 3, 18-19). Le fait que le travail à la sueur du visage apporte des effets autres que voulus est une conséquence de l’éloignement du plan primaire de Dieu, ce que nous appelons péché. En analysant la crise actuelle, nous risquons de nous concentrer sur les conséquences du péché et d’oublier le péché lui-même qui en est la cause originaire. Il nous semble qu’en nous éloignant de Dieu, nous ne perdons rien – ni la faculté à comprendre les questions sociales, ni l’essence même du développement économique, ni même la faculté à organiser la vie sociale. Mais, en réalité, la disparition à l’échelle massive de motivation religieuse fait changer la perspective lors des choix quotidiens de l’homme. Et la conséquence directe – c’est le matérialisme répandu aussi bien au sein des sociétés qu’au sein des élites.

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