Robert Schuman

Défendre la République

Dans son discours de président du Conseil désigné devant l’Assemblée Nationale, le 22 novembre 1947, Robert Schuman appelle à la défense de la République:

Schuman2Toute l’oeuvre du gouvernement doit être dominée par un seul souci : sauver la République ; car ce souci contient tous les autres.

Mais c’est aussi, et dans le même temps, combattre la misère et les injustices sociales aussi vigoureusement, aussi rapidement que le permettent les ressources actuelles de la nation.

Défendre la République c’est donc susciter un sursaut pour porter au maximum l’effort de production de notre peuple, spécialement dans le domaine agricole. C’est, en même temps, favoriser l’initiative privée et assainir les entreprises nationales.

Défendre la République c’est déclarer la guerre à l’inflation, c’est voter à temps un budget équilibré, c’est aussi, c’est avant tout, mobiliser la nation entière contre la hausse des prix avec le concours des organisations syndicales et professionnelles.

Défendre la République c’est assurer l’unité et l’intégrité de l’Union française à laquelle s’attachent tant d’espérances, pour laquelle furent et sont encore consentis tant de sacrifices. L’oeuvre du gouvernement d’hier sera donc continuée par le gouvernement de demain, jusqu’au règlement pacifique des douloureux conflits qui subsistent.

Défendre la République c’est assurer la permanence de la politique étrangère de la France. Nous ne croyons pas que la guerre soit fatale. Rien ne sera fait par nous qui puisse approfondir la cassure du monde.

Devant les graves nécessités de l’heure, la nation n’a qu’une préoccupation : celle d’être gouvernée. Gouverner c’est affirmer l’autorité de l’Etat, c’est-à-dire maintenir l’ordre public, assurer la stricte exécution des décisions gouvernementales et le respect de la loi.

 

 

 

schuman5Discours à Strasbourg, 19 mars 1958

De 1958 à 1960, Robert Schuman est le 1er Président du Parlement européen

Mesdames et Messieurs,

Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole pour la première fois à la place où m’a appelé votre confiance.

Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point j’ai été sensible au sentiment unanime qui s’est manifesté par la voix de monsieur Granzotto Basso, votre doyen d’âge, en des termes qui m’ont particulièrement touché ; je tiens à lui en exprimer ma très vive gratitude. Ma première pensée s’adresse aussi à mes prédécesseurs et tout d’abord au grand Européen que fut Alcide de Gasperi qui nous a prématurément quitté. Quel n’est pas notre regret qu’il n’ait pu lui-même assister au développement de cette unification européenne dont il fut un des plus ardents promoteurs!

Nous nous souvenons aussi de la part remarquable que prirent à cette construction les présidents Spaak, Pella et Furler.

Nous savons tous le rôle déterminant qu’a joué Paul-Henri Spaak dans la création des nouvelles Communautés. Et la plupart d’entre vous se souviennent de l’autorité avec laquelle monsieur Pella a dirigé les travaux de cette Assemblée à un moment particulièrement délicat en l’incitant à des initiatives qui sont à l’origine de la relance européenne. Enfin, le dernier président de l’Assemblée commune de la CECA, monsieur Furler, qui, après avoir animé la commission des affaires politiques et des relations extérieures, a guidé ses travaux jusqu’à leur terme avec la plus grande distinction, a contribué pour une large part à la création de l’Assemblée unique des trois Communautés européennes, Assemblée qui tient aujourd’hui sa première séance.

C’est à leur expérience que cette Assemblée doit de pouvoir commencer immédiatement ses travaux et de pouvoir accomplir les tâches qui lui sont dévolues.

Comme l’a aussi bien montré monsieur Wigny dans son très remarquable rapport sur l’Assemblée parlementaire dans l’Europe des Six, elle a été le banc d’essai d’une vie démocratique élargie à l’échelle européenne, ce qui lui a permis de renforcer constamment son influence politique en exerçant un contrôle parlementaire sur l’action de la Haute Autorité. Elle a rendu vaines les craintes souvent exprimées d’une prédominance technocratique dans les institutions économiques européennes.

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